Chaque année entre août et novembre, la saison des pluies dans l’État du Bahr el Ghazal, au nord du Soudan du Sud, entraîne des inondations. Les pluies diluviennes créent un terreau fertile pour les moustiques qui transmettent un paludisme potentiellement mortel. Depuis 2017, pour répondre aux pics de paludisme dans la région, ALIMA (The Alliance for International Medical Action) fournit, grâce à la mise en place de cliniques mobiles, des soins médicaux dans la capitale de l'État, Aweil.
Chaque matin très tôt, les équipes médicales d'ALIMA chargent des médicaments et le matériel médical dont elles ont besoin pour consulter les patients (vaccins, tests de paludisme…) dans une petite camionnette qu’elles conduisent dans les villages reculés de la région d'Aweil. Le trajet qui leur permet d’atteindre les communautés afin de leur apporter des soins de santé primaires, peut durer plusieurs heures. La majorité des malades visités souffrent de symptômes liés au paludisme, mais les maladies diarrhéiques, les infections respiratoires et la malnutrition sont également courantes.
Au Soudan du Sud, le paludisme est l'une des principales causes d'hospitalisation et la première cause de décès. Cette maladie est présente tout au long de l'année, mais le nombre de cas augmente considérablement pendant la saison des pluies, lorsque les moustiques sont plus nombreux. Le paludisme présente un véritable risque pour les enfants de moins de cinq ans, notamment ceux souffrant de malnutrition aiguë modérée ou sévère, ainsi que pour les femmes enceintes, plus vulnérables du fait de leur état.
Pendant la saison des pluies, de nombreuses zones deviennent inaccessibles. De plus, le système et les infrastructures de santé ont été particulièrement impactés par des années de conflits persistants, rendant encore plus difficile l'accès aux centres de santé restants. De nombreuses pharmacies ne stockent plus de médicaments et les familles peinent à en acheter dans les rares endroits où ils sont disponibles.
« Il est difficile d’obtenir des soins de santé ici », explique Alphonse Jor Ajang, qui vit dans un village à 70 km d'Aweil.
« Avant la mise en place de la clinique mobile, j'allais à l'hôpital principal. On me prescrivait des médicaments à aller chercher à la pharmacie, mais la plupart du temps, je n’avais pas l’argent pour les payer et je continuais donc à souffrir. »
Le pire, raconte-t-il, c'est quand les enfants sont malades.
« Lorsqu'un enfant était souffrant, vous deviez l’amener à l'hôpital. Certains des enfants très malades mouraient durant le trajet. Nous ne pouvions rien faire. Désormais, lorsqu'un enfant est malade, nous pouvons directement l'amener à la clinique mobile. Là, il peut recevoir le traitement dont il a besoin et guérir. »
Les cliniques mobiles sont une stratégie de réponse efficace au manque d’accès aux soins. Elles facilitent l'accès aux soins de qualité pour les populations n’ayant pas accès à un centre de santé proche.
Le Dr Deng Simon Garang, directeur des activités médicales d'ALIMA à Aweil, explique la raison pour laquelle les cliniques mobiles ont été développées :
« Avec les cliniques mobiles, nous avons pu nous rapprocher des communautés, car ici, l'accès aux soins de santé est un défi majeur. »
Ce sont les agents de santé d'ALIMA qui viennent à la rencontre de la population. Ils rappellent aux habitants quels sont les signes et les symptômes liés au paludisme. Ils insistent également sur les mesures de prévention, telles que : dormir sous des moustiquaires et porter des vêtements à manches longues au crépuscule et à l'aube, lorsque les moustiques sont les plus actifs, ou encore évacuer l’eau stagnante. Tous les patients reçoivent des tests et des traitements gratuits.
Entre août 2017 et janvier 2020, grâce aux cliniques mobiles, ALIMA a fourni un traitement contre le paludisme à plus de 140 000 patients dans des zones dépourvues de structures de santé.
Achan Ngong vient du quartier d'Aroyo, dans la ville d'Aweil. Elle est mère de huit enfants.
« J'ai quitté mon domicile hier pour me rendre à la clinique mobile », dit-elle.
« Les triplés étaient malades et régulièrement, j'ai du mal à les nourrir. »
Ne pouvant pas porter seule ses trois enfants, Achan a demandé à ses deux fils aînés de l'aider.
« Nous avons marché jusqu'à ce que nous puissions enfin trouver un véhicule qui nous a rapproché de la clinique mobile. »
« Sans l'existence de la clinique mobile, on aurait dû se rendre à l’hôpital d’Aweil et le trajet aurait duré au moins une heure de plus. »
Atong Deng habite le village de Wunliit et est mère de cinq enfants.
« Trois de mes enfants étaient malades, c’est pourquoi nous sommes venus à la clinique mobile d’ALIMA à Halbul », dit-elle. « Deux de mes enfants ont été testés positifs au paludisme et mon autre enfant avait une pneumonie.»
« J'avais l'habitude d'aller dans une clinique qui se trouvait à plus de deux heures de marche. Grâce à la clinique mobile d’Halbul, je n'ai pas à marcher aussi loin. »
Adhel Dhieu Deng, originaire du village de Kouac dans la région d’Aweil est mère de cinq enfants.
« Je me rends aux cliniques mobiles depuis leur installation en 2017 », explique-t-elle.
« Chaque fois que mes enfants ne se sentent pas bien je les amène ici. »
Avant la mise en place des cliniques mobiles, Adhel devait marcher plus de deux heures pour se rendre au centre de santé le plus proche, tout en portant ses enfants sur le dos.
« C’était très pénible », confie-t-elle, « mais je n'avais pas le choix. »
« Aujourd’hui je suis venue car un de mes enfants avait une forte fièvre. Les agents de santé m'ont dit qu'il avait le paludisme et m'ont donné le traitement pour le soigner. Nous sommes venus ici plusieurs fois pour la même raison. J’ai moi-même fait trois crises de paludisme. Nous utilisons des moustiquaires à la maison mais ce n'est pas suffisant. La saison des pluies est très difficile. »
Outre le paludisme, les équipes des cliniques mobiles reçoivent et soignent des patients atteints de diarrhée, de blessures, ou encore d’infections respiratoires... Les enfants de moins de cinq ans peuvent également y recevoir une vaccination de routine.
Les cliniques mobiles mises en place par ALIMA permettent aussi de dépister les enfants de moins de 5 ans atteints de malnutrition aiguë.
Pour diagnostiquer la malnutrition à un stade précoce et ainsi réduire le risque d'hospitalisation, les mères sont formées à mesurer régulièrement le périmètre brachial (PB) de leurs enfants à l'aide d'un ruban PB-mères tricolore facile d’utilisation. À Aweil en 2019, plus de 6 000 mères et soignants ont été formés par ALIMA à l'utilisation de ce ruban.
Dans les cliniques mobiles, afin d’améliorer l'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, les femmes enceintes bénéficient de contrôles prénatals et postnatals gratuits. En 2019, plus de 2 000 femmes ont bénéficié de ces consultations dans les cliniques mobiles de Mapper et d’Halbul à Aweil.
« Imaginez-vous marcher aussi longtemps alors que vous êtes enceinte de 8 mois ! Grâce à la clinique mobile d’ALIMA, je peux venir faire mes bilans de santé régulièrement et je suis correctement suivie »
-Amou Kenyang, enceinte depuis 8 mois de son premier enfant
Pour en savoir plus sur les cliniques mobiles et l’action d'ALIMA à Aweil, regardez la vidéo ci-dessous :
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