Dans le nord du Cameroun, des familles ont fui les violents combats opposant les forces militaires au groupe islamiste Boko Haram. De nombreux enfants malnutris ou gravement malades sont chaque jour admis dans l’hôpital de district de Mokolo soutenu par ALIMA. Depuis mai 2016, près de 4500 enfants malnutris ont été pris en charge gratuitement par l’ONG.
A l’hôpital, les familles et le personnel médical racontent comment le conflit a affecté leurs vies.
"J’utilise ce que j’ai vécu pour conquérir le cœur des mamans et qu’elles écoutent les conseils des docteurs."
"Boko Haram a d’abord déstabilisé la frontière avant de s’installer dans mon village. Ils kidnappaient les gens pour les égorger. Puis, le 15 octobre 2015, l’armée nigériane et Boko Haram se sont retrouvés face à face, dans mon village. Sous les tirs de balles, nous sommes partis avec ma famille, à pied, jusqu’à Mora."
C’est ainsi que Modou est devenu déplacé. Depuis juin 2016, il met son passé au service de tous les patients, quelle que soit leur appartenance ethnique, religieuse ou politique. “J’utilise ce que j’ai vécu pour conquérir le cœur des mamans et qu’elles écoutent les conseils des docteurs. Tout ce que j’ai traversé de négatif, je veux le transformer en positif pour aider les mères à ne pas perdre espoir.”
“Depuis que Boko Haram est là, le mil est passé de 200 FCFA à 300 FCFA pour une maigre tasse. Je vends l’huile que je presse, mais mon revenu ne suffit pas. Je cuisine une marmite par jour, pas plus.”
- Roukayatou, tante de Julehatou
Julehatou a perdu sa mère lorsqu'il avait 4 mois. Privé de lait maternel, il a été soigné tant bien que mal par sa tante Roukayatou, qui habite à Mokolo. A son arrivée à l'hôpital, le périmètre brachial de Julehatou mesurait 87 mm. C'est 28 mm de moins que la mesure d'alerte. Julehatou a été hospitalisé pour malnutrition aiguë sévère ainsi qu'une infection grave.
"Au village, il n'y a pas de structure de santé. J'ai d’abord essayé des remèdes traditionnels. Je croyais qu'Oumarou avait une poussée de dents."
Depuis deux semaines, Oumarou souffre de diarrhée et tousse sans cesse. Il y a 4 jours, sa mère Asta est partie en moto pour emmener Oumarou à l’hôpital de Mokolo. Les équipes d’ALIMA l’ont pris en charge. Il souffre de malnutrition aiguë sévère. Il a été pris en charge par les équipes d’ALIMA, qui lui ont diagnostiqué une entérite et une bronchite.
"Rien n’est important, sauf la stabilité et la santé. Nous avons perdu les deux."
Aboukar, 8 ans, s’est évanoui alors qu’il jouait avec d’autres enfants. Il a été référé en urgence au service pédiatrique de l'hôpital de Mokolo. Selon les médecins, il a un paludisme grave et une anémie sévère. “J’ai peur qu’il meure. Je n’ai jamais vu un enfant dans un tel état.”, s'inquiète sa grand-mère.
Originaire de Banki, au Nigéria, la famille d'Aboukar a fui il y a quatre ans alors que la nouvelle d’une attaque imminente s’est répandue sur leur village. De la ville camerounaise de Mora, ils ont rejoint le camp de Minawao, qui accueille près de 58 000 réfugiés. Ils y résident depuis lors.
"Après trois jours elle s’est réveillée. Je pleurais de joie."
Après 10 jours passés à l'hôpital, Naomi John raccompagne sa fille Ashifa, 10 mois, vers la sortie. Celle-ci est arrivée dans le coma à l'hôpital. Elle souffrait d’une infection sévère, et de malnutrition. "Après trois jours elle s’est réveillée. Je pleurais de joie," raconte Naomi.
Naomi est originaire du village d'Arboko, au Nigéria. Il y a 3 ans, des enfants-soldats ont attaqué son village. Sous les yeux de Naomi, ils ont tué 4 personnes, puis sont partis, avant de revenir brûler les cases à la nuit tombée. Naomi et sa famille ont pris la fuite vers le Cameroun. Le village où ils avaient trouvé refuge a été attaqué à son tour, et la famille de Naomi a repris le chemin de l’exil, jusqu’à Koza, d’où ils ont pris une voiture pour rejoindre le camp de réfugiés de Minawao.
"On mange le matin, et le soir seulement si il reste quelque chose. Depuis que Boko Haram est dans la région, nous souffrons beaucoup. Tout a changé, la nourriture est chère."
Depuis quelques jours Kotada maigrit à vue d’oeil, a la diarrhée, tousse et a de la fièvre. "Ce matin, il a eu une diarrhée mêlée à du sang", relate sa mère la voix tremblante. Kotada souffre d’une combinaison de paludisme, bronchite aiguë et malnutrition. S'ils ont tardé à rejoindre l'hôpital, c'est à cause de la pluie, qui a rendu les routes impraticables.
“Au Cameroun, l'absence de gratuité des soins et le conflit limitent l’accès aux soins. Sans aide humanitaire, les réfugiés et les déplacés internes seraient sans ressources”
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