Pendant qu’ALIMA (The Alliance for International Medical Action) continue de travailler pour augmenter la capacité des agents de santé en Afrique subsaharienne, il existe désormais des écoles de formation spécialisées offrant aux médecins et aux infirmières une formation pratique en immersion pour améliorer le traitement des enfants hospitalisés souffrant de malnutrition aiguë sévère (MAS) avec complications.
Les enfants souffrant de MAS avec complications, telles que le paludisme, la détresse respiratoire et l'anémie, nécessitent des soins plus spécialisés afin d'améliorer leurs chances de guérison et de survie. Malgré les protocoles nationaux visant à traiter le problème de la malnutrition aiguë, aucun programme de formation n’est intégré au cursus universitaire dans de nombreux pays. Par conséquent, les travailleurs de la santé manquent souvent des connaissances et des compétences requises pour diagnostiquer et traiter correctement les patients atteints de MAS.
Dans l'ensemble de la région sahélienne de l'Afrique de l'Ouest, l'UNICEF estime que plus de 1,6 million d'enfants sont exposés au risque de MAS cette année, en partie à cause des pénuries alimentaires consécutives aux mauvaises récoltes de l'année dernière. Jusqu'à 20% de ces enfants devront être hospitalisés en raison des complications.
« Près de 100% des patients souffrant de malnutrition aiguë sévère avec complications médicales mourront s’ils ne reçoivent pas de soins de qualité ».
- Docteur Kanta Malam Issa, ancien chef de mission d'ALIMA au Mali, lors d'un entretien avec le Emergency Nutrition Network (Réseau d’urgence pour la nutrition)
Pour aider à mieux prendre soin de ces enfants, ALIMA, avec son partenaire local l’AMCP (Alliance médicale contre le paludisme), a mis en place un programme de formation, connu sous le nom d’URENI-école (Unités de Réhabilitation Nutritionnelle Intensive) depuis août 2015 dans la région de Koulikoro au sud du Mali.
Pendant 3 semaines, des groupes de 12 agents de santé se rendent à l'hôpital de Dioïla, où ils participent à des modules de formation théorique et pratique. En classe, le programme couvre des sujets tels que le dépistage, la détection et le diagnostic, ainsi que la prise en charge et les soins aux enfants malnutris aigus sévères avec complications.
En parallèle à la formation théorique, les stagiaires suivent le travail du personnel de santé à l'hôpital, où ils ont la possibilité d'observer et de pratiquer les différentes méthodes de traitement.
Depuis le début du projet jusqu’au mois d’avril 2018, près de 400 agents de santé ont suivi la formation URENI-école au Mali.
Fatimata Sangaré, qui a suivi la formation à l’URENI-école de Dioïla, travaille au centre de santé de référence de Kigna dans la région de Sikassou au Mali, où un nouveau service de nutrition vient de s’ouvrir. Elle partage son expérience:
« Les conditions sont assez difficiles car la région manque de ressources. Chaque jour, l’hôpital est affecté par de longues coupures de courant, et on ne peut allumer le générateur que pour les césariennes d'urgence. Cela veut dire que l'oxygénation des enfants doit être faite manuellement.
Au cours de ma formation j'ai beaucoup appris, par exemple comment poser une sonde nasogastrique, ou faire un prélèvement sanguin.
J'espère que les conditions matérielles de mon hôpital s'amélioreront pour que je puisse mettre en pratique tout ce que j'ai appris à Dioïla ».
Au Tchad, ALIMA et son partenaire local Alerte Santé ont lancé en mars 2017 un programme de formation similaire, connu sous le nom de UNT-Ecole (Unité de nutrition thérapeutique) pour former des agents de santé en utilisant le modèle de formation URENI-école.
Le Tchad souffre également de taux élevés de malnutrition aiguë. En 2017, d'après l'UNICEF, près de 4% des enfants souffraient de malnutrition aiguë sévère, un chiffre bien au-dessus du seuil d'urgence. En 2017, pendant la période de soudure, ALIMA et Alerte Santé ont reçu chaque semaine près de 700 enfants dans leurs programmes nutritionnels à N'Djamena. Dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital de l'Amitié Tchad-Chine, le taux d’occupation des lits dépassait les 200%.
À ce jour, 144 agents de santé, dont 13 médecins et 59 infirmiers, originaires de quatre districts sanitaires de la capitale N'Djamena, ont suivi une formation théorique de 5 jours suivie de 3 semaines de formation pratique à l'hôpital de l’Amitié Tchad-Chine ou dans l'un des quatre centres de traitement nutritionnel soutenus par ALIMA et Alerte Santé.
Au Nigéria, ALIMA, en partenariat avec l'hôpital universitaire de Maiduguri (UMTH) et l'UNICEF, a commencé à utiliser le modèle de formation URENI-école en novembre 2017 dans l'État de Borno. Le centre de formation est le premier du genre dans l'État de Borno, où près de 250 000 enfants risquent de souffrir de MAS, dans le contexte du conflit en cours avec Boko Haram.
« Notre objectif est de renforcer les capacités et d'accroître les compétences et les connaissances des agents de santé, y compris les médecins, les infirmiers et les assistants nutrition, afin d'accroître l'efficacité et la bonne gestion des centres de stabilisation nutritionnelle dans l'État de Borno. Jusqu'à présent, il n'y a eu que de petits séminaires de formation ici et là. »
- Professeur Jose P. Ambe, responsable de la pédiatrie de l'hôpital universitaire de Maiduguri (UMTH) et coordinateur du Centre Nutritionnel Thérapeutique Intensif (ITFC) d'ALIMA
Plus de 50 personnels de santé ont bénéficié du centre de formation de l’ITFC de l'UMTH et d’ALIMA, qui sert de centre de référence pour cinq cliniques de santé dans la région de Maiduguri et est équipé pour traiter les cas les plus compliqués de malnutrition aiguë sévère. Grâce aux soins de médecins et d'infirmiers spécialement formés, près de 95% des enfants admis souffrant de MAS avec complications survivent.
"Je suis ravi de l'ouverture de cette école. En tant qu'infirmiers, notre premier objectif en matière de soins aux patients est de les aider à mieux se porter. Mais malheureusement, on ne met pas suffisamment d’emphase sur le traitement de la MAS lors de notre formation à l’école d’infirmiers, donc cela rend les choses difficiles. Maintenant j’ai la possibilité de transférer des connaissances et des compétences à des personnes qui se trouvent dans la situation où j'étais il y a quelques mois, et qui pourront à leur tour former d'autres personnes, et cela va vraiment nous permettre d’améliorer les soins aux patients.”
- Lincoin Egbu, infirmier d’ALIMA à l’ITFC de l'UMTH, qui aide aux formations URENI-école
Les centres de formation URENI-école au Mali, au Tchad et au Nigéria ont été rendus possibles grâce au financement du service d'aide humanitaire et de protection civile de la Commission européenne (ECHO), du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), du Bureau de l'aide étrangère aux catastrophes (OFDA), du Comité interministériel d'aide alimentaire (CIAA) et de l'Agence française de développement (AFD).
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