En République centrafricaine, la population et le système de santé souffrent des effets négatifs d'années de conflits. Le pays enregistre l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Les femmes manquent souvent d’accès aux soins prénatals, postnatals et aux accouchements assistés par des sages-femmes agréées. Le risque de décès maternel d’une femme en République centrafricaine est de 1 sur 25, contre 1 sur 3 800 dans les pays développés.
Pour aider les femmes à mener leurs grossesses à terme et à accoucher, ALIMA (The Alliance for International Medical Action) leur offre des soins gratuits. Ils sont effectués dans les villes de Bimbo et de Boda, au sein des centres de santé communautaires et dans les hôpitaux.
En 2020, plus de 55 000 femmes ont bénéficié de consultations prénatales en République centrafricaine grâce à ALIMA. Nos équipes ont également aidé plus de 10 000 femmes à accoucher en toute sécurité.
Voici quelques-unes de leurs histoires :
« Les consultations prénatales sont essentielles. »
Ce sont les paroles de Nadine Ghislaine Bemba, sage-femme ALIMA à l'hôpital de Boda, lors de sa consultation avec Solange Maïcro.
« Les consultations prénatales aident à réduire le taux de mortalité maternelle et néonatale », explique Nadine tout en écoutant les battements du cœur de l’enfant à naître de sa patiente. « Elles permettent de détecter les complications liées à la grossesse et de les prendre en charge. Une femme qui ne fait pas sa consultation prénatale peut mourrir, son enfant également. J'encourage toutes les femmes enceintes à se présenter lors de leurs examens prénataux. »
Solange, mère de huit enfants et aujourd'hui enceinte de sept mois et demi, témoigne également de l'importance des soins de santé maternelle :
« J'ai donné naissance à l’un de mes enfants dans de très mauvaises conditions pendant la crise ici. J’ai accouché dans la forêt et j’entendais des tirs autour de moi. C'est l'histoire de ma fille, Esther. Elle est constamment malade. Les enfants pour qui j'ai fait mes consultations prénatales, de mes 3 mois de grossesse jusqu’à l’accouchement, n’ont pas de problèmes de santé.
Le conseil que j’ai à donner à mes soeurs :
« Si vous êtes enceinte, venez à l’hôpital, s'il vous plaît. Vous serez bien suivie et prise en charge. »
Les trajets sur le terrain ne sont pas faciles. Par exemple, la distance entre Bangui, la capitale de la République centrafricaine, et la ville de Boda, n’est que de 189 kilomètres. Cependant, pendant la saison des pluies, lorsqu’une grande partie de la route est dégradée, le trajet en voiture peut durer plus de 8 heures.
Dans le district sanitaire de Bimbo, où ALIMA intervient, de nombreuses communautés vivent éloignées du centre-ville qui n’est accessible qu’en empruntant de nombreux modes de transport.
« Voitures, motos, pirogues et à pieds… nos équipes utilisent tous ces moyens. Malgré les difficultés d’accès, nous soignons la population. »
- Dr Jean Claude Djoumessi, Coordinateur du projet ALIMA à Bimbo
Rencontre avec Pamela Passiri. Elle travaille comme sage-femme depuis 2014.
« J'adore travailler avec les femmes enceintes et les bébés », explique Pamela. « Il y a tellement de beaux moments. Oui, il y a parfois des difficultés - le manque de médicaments, de fournitures et des femmes qui viennent ici trop tard car elles essaient d’abord les médecines traditionnelles. Cela complique notre travail, mais nous faisons de notre mieux et plusieurs fois par jour, nous amenons les enfants dans ce monde en toute sécurité.
C'est tellement beau d'entendre leurs premiers cris et de voir une mère sourire quand elle découvre son enfant ! »
Zita, une assistante à la maternité de l'hôpital de Boda, tient un nouveau-né, quelques minutes après l'accouchement. La mère du bébé, Samira, souffre d’épilepsie. Sa grossesse et son accouchement étaient considérés comme à haut risque, mais grâce au personnel d'ALIMA, Samira et son bébé sont tous les deux en bonne santé.
Pour aider à former des sages-femmes, matrones, assistantes accoucheuses et améliorer l'accès aux soins de santé maternelle, ALIMA a ouvert début 2020, une maternité-école à Boda. Chaque classe, qui accueille environ 10 élèves, suit une formation d'un mois qui comprend une semaine d'apprentissage théorique et trois semaines de pratique.
Ci-dessus : dans le cadre d'une session de formation à destination des matrones et des assistantes accoucheuse à la maternité-école d'ALIMA à Boda, deux stagiaires, Nicole et Raïssa, apprennent l'épisiotomie et la suture.
Raïssa (à droite) explique : « Je fais cette formation pour m'améliorer, développer mes compétences médicales, et apprendre des techniques que je ne connaissais pas. Avant, par exemple, je ne savais pas comment suturer correctement une femme après son accouchement. »
Ci-dessous, Nadège Karo, sage-femme ALIMA et formatrice à la maternité-école de Boda, explique l’importance de ces formations :
Nadine Ghislaine Bemba, sage-femme ALIMA, explique à Agnès Feïti les techniques d’épisiotomie et de suture, dans le cadre de la maternité-école de Boda.
« Après la formation, je veux mettre en application tout ce que j'ai appris et permettre aux femmes d'accoucher en toute sécurité. »
- Agnès Feïti, participante à la 3ème session de formation à la maternité-école
« J’ai commencé à travailler à la maternité de l'hôpital de Boda à l’âge de 17 ans », raconte Valérie Sousou, matrone et participante à la formation. « Cela fait 29 ans que j’y travaille. Dans 2 jours, ça fera 30 ans ! »
Concernant la formation qu’elle suit pour la première fois à la maternité-école, elle explique : « Malheureusement, je ne connaissais pas les bonnes techniques d’accouchement. Bien que je travaille ici depuis longtemps, c’est maintenant que j’apprends certaines techniques. Je connais également mieux la prise en charge des femmes enceintes car j’ai développé mes compétences. »
Reviens (à gauche), quatre ans, et Hermine, six ans, rencontrent leur petite sœur pour la toute première fois. Leur maman Amina, vient de donner naissance à son quatrième enfant. Tout au long de sa grossesse, elle est venue faire ses consultations prénatales dans le centre de santé soutenu par ALIMA à Bomandoro, dans le district sanitaire de Boda. « La qualité des soins reçus est très importante pour moi et mon bébé », dit-elle avant d’ajouter : « À Bomandoro, de nombreuses femmes accouchent chez elles, dans des conditions dangereuses ».
Mais grâce aux consultations prénatales et à un accouchement assisté, Amina et sa petite fille sont toutes les deux en bonne santé.
Ibrahima rencontre sa cousine pour la toute première fois à la maternité de l'hôpital Boda.
« Je suis si heureux de la voir enfin », dit-il en souriant.
L'unité néonatale de l'hôpital Boda peut accueillir jusqu’à 8 bébés en même temps. C’est l'une des rares en République centrafricaine. Elle est absolument vitale pour sauver la vie de nouveaux-nés prématurés, en détresse, ou souffrant de complications.
Papa Emile Wogbela, agent de santé communautaire pour le Ministère de la santé et père de 9 enfants, gère bénévolement l’unité néonatale de l’hôpital de Boda. Il supervise les soins et soutient les familles dont les nouveau-nés ont été admis.
« Ce qui me motive dans mon travail, c’est de réussir à soigner des bébés malades.
Les parents sont démunis face à la situation… alors quand ils me posent des questions, je leur donne des conseils. Quand ils ont peur, je les les rassure. Quand ils sont tristes, j’essaie de les faire sourire. Voir des parents repartir en famille avec leur bébé guéri, c’est ce qui me motive jour après jour. »
« Chaque bébé, aussi petit soit-il, mérite sa chance de vivre. »
- Papa Emile Wogbela, agent de santé à l’unité néonatale de Boda
Suite à un accouchement avec complications, le petit garçon d'Eugénie Mbolipia ne respirait pas à sa naissance. En urgence, l'équipe d'accouchement a immédiatement tenté de le réanimer, dans l'espoir d'entendre enfin son premier cri. Après de longues minutes… ils ont réussi ! A l’unité néonatale, le fils d’Eugénie a été placé sous oxygène, et l’oxymètre de pouls (à sa droite) permet de surveiller le taux d’oxygène dans son sang. Soulagé, le personnel de santé espère à présent qu'il pourra bientôt rentrer chez lui avec sa famille.
A l’hôpital de Boda, Estella Dimanche a donné naissance à des jumeaux - un garçon et une fille! Bien qu’elle ait mené sa grossesse à terme, les nouveaux-nés présentaient une insuffisance pondérale et ont dû être hospitalisés dans l'unité néonatale, où ils ont reçu de l'oxygène supplémentaire ainsi que des antibiotiques.
Sur la photo, Estella pratique la méthode kangourou, qui consiste à porter ses bébés sur sa poitrine, en contact peau à peau. Cette pratique a pour objectif principal de réchauffer les bébés s’ils sont en hypothermie.
« Je suis très reconnaissante envers l’équipe médicale ici, car s’ils n’avaient pas été là, je ne sais pas ce que mes jumeaux et moi serions devenus », raconte Estella.
Après avoir passé 9 jours à l’unité néonatale et grâce aux soins reçus par les équipes d’ALIMA, les jumeaux, en bonne santé, ont pu découvrir leur maison. Depuis, deux fois par semaine, leur maman Estella les amène à l'hôpital pour des examens et pour surveiller leur prise de poids.
Ci-dessous : Lors d’un suivi à l’hôpital, Nadège Karo, sage-femme ALIMA, tient les jumeaux - nommés Gracia Merlyne et Dieu Béni - dans ses bras.
Regardez l'histoire d'Estella ici :
« Merci d’avoir sauvé la vie de mes bébés ainsi que la mienne »
- Estella
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